8. La tactique (1)


« La tactique, c’est ce que vous faites quand il y a quelque chose à faire ; la stratégie, c’est ce que vous faites quand il n’y a rien à faire. » Savielli Tartacower

Gérard Demuydt
le 26 janvier 2008.

La manière la plus courante d’expliquer la différence entre la « tactique » et la « stratégie » est l’analogie guerrière : la « tactique », c’est gagner une bataille et la « stratégie », c’est gagner la guerre.

Aux échecs la « stratégie » est construite sur le raisonnement, la logique, l’évaluation de la position, avec pour objectif l’élaboration d’un plan conforme aux forces et aux faiblesses de la position.

La « tactique », au contraire, est essentiellement basée sur le calcul des variantes. Pourtant, « tactique » et « stratégie » sont étroitement liées dans une partie d’échecs. En effet, une idée stratégique ne peut exister que si elle est tactiquement réalisable. Il ne servirait à rien de réfléchir des heures sur la conformité d’un mouvement de pièce par rapport au plan envisagé si la pièce peut être prise simplement par l’adversaire ! Un bon joueur d’échecs est à la fois un bon stratège et un bon tacticien. L’art du jeu d’échecs est de savoir combiner adroitement et intelligemment tactique et stratégie.

Dans la plupart des parties d’échecs du débutant, et bien souvent jusqu’au niveau du bon joueur de club, la tactique reste l’élément principal. Ceci explique qu’il soit plus naturel d’apprendre d’abord à maîtriser la tactique avant de s’attaquer aux principes stratégiques. « La tactique est l’élément le plus important du milieu de jeu. » disait Siegbert Tarrasch.

La tactique fait appel à des « manœuvres », des « sacrifices » et des « combinaisons », tout aussi typiques que ceux que nous avons rencontré dans les positions d’échec et mat du chapitre 7. Voici quelques thèmes importants de l’arsenal tactique que tous joueurs d’échecs se doit de connaître :

Le clouage

Le clouage est le plus souvent une manœuvre qui consiste à attaquer un pion ou une pièce, de manière à ce que celui-ci ou celle-ci ne puisse quitter la case qu’il ou elle occupe sans mettre son Roi en échec (dans ce cas nous parlerons de « clouage absolu » puisque la règle du jeu interdit de mettre volontairement son Roi en échec), ou sans permettre la prise d’une pièce de plus grande valeur (dans ce cas le clouage ne sera que « relatif » puisque rien n’empêche dans les règles du jeu de jouer le coup quand-même). Il est aussi possible de profiter d’un clouage pour accéder à une case apparemment interdite. « Le clouage est une des principales arme tactique de la partie d’échecs. » a dit un jour Richard Reti.

Quelques exemples illustreront ce thème très important


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Dans le diagramme N° 48 ci-dessus les Blancs jouent et donnent un échec et mat en 1 coup par : 1.xh5# ! Les Noirs aimeraient pouvoir prendre la Dame blanche en h5 avec leur Pion en g6, mais cela est impossible puisqu’ils mettraient alors leur Roi en échec par le Fou en f5. Le Pion g6 est donc « cloué » par le Fou en f5 et c’est un « clouage absolu ». Comme dans cet exemple le Roi ne peut fuir par la case g7 à cause du contrôle exercé par le Fou blanc en b2, il est donc « échec et mat ».


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Dans le diagramme N° 49 ci-dessus les Blancs ont le trait. Le Fou blanc en b2 est attaqué et « cloué » par la Dame noire en b8, mais il est aussi attaqué par le Fou noir en g7 et par le Cavalier en d3. Les Blancs ne possédant que deux pièces pour défendre leur Fou : le Roi et la Dame, il semble bien que le Fou en b2 soit perdu. Surtout qu’il ne servirait à rien de prendre le Cavalier noir en d3 au moyen de 1. xd3, à cause de l’échec et mat par 1...xb2# ! Mais les Blancs se s’avouent pas vaincus pour autant et répliquent par : 1. h6+ ! Un coup surprenant mais très fort ! Le Fou noir en g7 est lui aussi « cloué », par le Fou blanc en b2, et il ne peut pas prendre la Dame blanche en h6 sans mettre son Roi en échec. C’est ici aussi un « clouage absolu ». Le Roi noir doit donc jouer sur la seule à sa disposition, la case g8, par 1...g8. Les Blancs n’ont plus qu’à donner alors un « échec et mat » en jouant 2. xg7#


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Dans le diagramme N° 50 ci-dessus les Blancs viennent de prendre un Pion noir qui se trouvait sur la case d5, par 1.xd5. Ce Cavalier n’est pas défendu et les Noirs pourraient le prendre en jouant leur Cavalier en f6 par, 1...xd5. Cependant, le Cavalier en f6 est « cloué » par le Fou blanc en g5. Ce n’est ici qu’un « clouage relatif » puisque le coup n’est pas interdit, mais après 1...xd5, le Fou blanc en g5 pourra prendre la Dame noire en d8 par 2.xd8. Les Noirs échangeraient ainsi un Cavalier d’une valeur de 3 pions contre leur Dame qui en vaut 9 ! Le désavantage matériel qui résulterait de cette échange serait trop important pour éviter, par la suite, une défaite noire. Dans la position de notre exemple, au lieu de perdre la Dame par 1...xd5 ??, les Noirs peuvent jouer 1...e7, un coup qui a le mérite de « déclouer » le Cavalier en f6, mais le pion perdu en d5 ne reviendra plus.

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